SAMUEL RICHARDOT
25.03.2008 – 26.04.2008
Plus encore que la maîtrise des moyens dont il fait preuve, c’est la tenue des peintures de Samuel Richardot qui frappe. Dès le premier abord, le tableau semble s’accorder à l’amplitude du corps humain; l’artiste a choisi son format à la mesure de ses propres mouvements, travaillant la toile tendue sur châssis, posée à même le sol. Un choix qui n’a rien de la démonstration ou du clin d’œil historique, tant la justesse de l’expression prime sur toute affirmation forcée. Le travail de Samuel Richardot semble en ce sens porté par une véritable ascèse : l’ajout d’une touche ou d’une image sur la toile est un choix pesé, sinon risqué. Les plus colorées et les plus exubérantes de ses peintures sont ainsi d’une paradoxale économie ; cependant qu’il peut, dans d’autres pièces, réduire ses interventions à presque rien.
La toile s’envisage comme un terrain qui serait moins à explorer, à analyser, qu’à construire, à bâtir — un espace où il s’agit de faire jouer des forces, par opérations successives, et non pas d’établir a priori un système fermé de rapports pré-ordonnés. Ici, les relations d’un motif à un autre, l’articulation d’un signe et d’une couleur sont des faits. Chaque motif semble ainsi en même temps être advenu de lui-même, et être le précipité, tantôt brutal, tantôt subtil, d’une intention précise, concrète. Il ne faudrait cependant jamais les voir comme le simple résultat d’un processus aléatoire ou l’effet d’un heureux geste : leur « motivation » est essentielle — elle détermine leur épaisseur propre comme leur inscription à la surface de la toile. Chaque élément procède d’une idée, qu’il soit réalisé d’un coup de pinceau ou par le dépôt d’une couleur diluée. À l’une des extrémités du spectre, les motifs sont à la limite de l’informe, de l’autre, des figures s’esquissent, des objets se devinent: de l’ébauche d’un signe à la forme organique, se définit un langage propre.
La construction est alors de l’ordre de la combinatoire — car le problème n’est pas tant de recouvrir la toile, de s’en emparer, que d’étirer ses espaces, de provoquer ses dissensions et son déséquilibre, de rythmer sa surface. Une logique d’énonciation des éléments et d’élaboration de leur syntaxe se substitue à une composition hiérarchique. C’est aussi, rationnellement, une question de gestion du temps, des espaces et des outils — dont le jeu n’est pas étranger.
Et, comme l’ensemble des opérations portées à même la toile en redéfinissent l’espace, l’œuvre prend lentement cette allure d’un chantier que l’on aurait cessé de bâtir pour garder, ici, la splendeur brute d’une excavation, là, les traces du passage des machines.
Benjamin Thorel
Merci à Julien Kernanet
Benjamin Thorel
Merci à Julien Kernanet